22.02.2008
Le méchoui aux statistiques ardentes
La question, elle-même, est-elle licite?. Pire, n'émane-t-elle pas d'un esprit laïc, voire mécréant et donc mal intentionné?. Oserait-on quantifier un rituel fondateur en le soumettant aux procédures humaines, trop humaines, des statistiques, forcément illusoires et trompeuses comme tout ce qui nous sollicite ici-bas! Le Haut Commissariat au Plan marocain (HCP) a pourtant osé en publiant des chiffres qui sont passés presque inaperçus, assourdis presque par les éructations sonores poussées à l'unisson par mes concitoyens carnivores. Que disent ces chiffres?. Tout simplement que 5,2 % des ménages marocains n'ont pas éructé cette année pour la bonne raison qu'ils n'ont pas sacrifié au rite. En s'abstenant d'immoler un mouton, ces 5,2 % des ménages se mettent-ils, de facto, en dehors de la communauté musulmane?. Le Haut Commissariat ne nous dit rien à ce sujet; il se contente de nous traduire une tendance en chiffres sonnants et trébuchants. En bon statisticien, le préposé aux écritures rajoute que ces réfractaires à la chose religieuse sont instruits et non dépourvus de biens matériels (ils sont en effet 13 % parmi ces ménages à être dirigés - c'est la formule du HCP- par un membre ayant fait des études supérieures). Mieux encore, sur les « 10 % des ménages les plus aisés, 11 % n'observent pas le rituel du sacrifice ». Pour ce qui est du Maroc d'en bas, 4 % seulement des ménages dérogent aux rituels, acculés à cela par ce que les économistes appellent le seuil de pauvreté . Alors, faut-il soupçonner, derrière ce ramadam ( en français dans le texte) , un pied de nez de la nature qui, ces derniers jours, a gratifié le plus heureux des pays de belles, bien que froides, journées ensoleillées?. C'est vrai que l'Aid tombe pile avec les vacances scolaires et un vendredi de surcroît et les cimes enneigées de l'Atlas, on le sait, sont plus belles vues de l'esplanade du Mansour Dahbi de Marrakech, le visage fouetté par la brise froide qui descend de sit Fadma, les narines sollicitées par des fragrances que seule la ville ocre peut encore assurer à ses inconditionnels. Faut-alors alors brûler Marrakech (qui séduit tout ce beau monde), les riches Marocains instruits de Casablanca (juste pour le bénéfice du doute), le Ministère de l'Education Nationale (qui rallonge les vacances ou les fait tomber au mauvais moment) ou les trois à la fois, pour l'exemple et aussi pour l'honneur du titre d'égorgeur de mouton de base ?. Là encore, les statistiques du HCP demeurent muettes.
12:26 Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note | Tags : aid, maroc, marrakech, statistiques, mouton

